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Des centaines de Marocaines se sont déclarées “hors-la-loi” en signant un appel contre les lois “obsolètes” au Maroc sur les mœurs et l’avortement, dans un manifeste publié le lundi 23 septembre dans plusieurs médias dont le quotidien français Le Monde. Parmi les signataires, on distingue l’animateur Ali Baddou ou l’écrivaine Leila Slimani.

Un texte pour Hajar sans Hajar : Le texte de l’appel a été co-rédigé par l’écrivaine franco-marocaine Leila Slimani et porte symboliquement d’autres signatures notamment celles de Sonia Terrab et Ali Baddou. Sa publication coïncide avec l’arrestation de la reporter du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum : Hajar Raissouni, pour “avortement illégal” et “débauche” (sexe hors mariage). Plusieurs responsables politiques et figures de la société civile dénoncent une “affaire politique” depuis son arrestation. Pourtant, ce manifeste a complètement ignoré le cas Rissouni en évitant de mentionner son cas de figure, comme si les signataires se réveillaient un matinet ont décidé de leur propre initiative que le temps de la révolte contre ces lois “obsolètes” au Maroc était arrivé.

Il va sans dire que les signataires connaissent les dessous de l’affaire de la reporter Hajar, malgré les réserves que tout progressiste peut éventuellement avoir sur sa personne, ne pas mentionner son cas comme élément déclencheur de cet appel est injuste.

Émancipation politique et émancipation sociale :

L’argument de l’historicité des droits constitue une objection contre la croyance en leur vérité éternelle, mais non contre la légitimité de leur revendication.L’émancipation sociale prolonge l’émancipation politique ne peut pas en être la suppression. L’insuffisance sociale des droits humains n’équivaut pas à leur nullité politique. De fait, l’obtention d’un certain nombre de droits figurant parmi les droits humains fondamentaux est un réquisit nécessaire de tout progrès vers la société démocratique. Le suffrage universel, le droit de réunion et d’association, la liberté de la presse, l’instruction publique non censurée par l’État sont des droits qui doivent être acquis pour que le projet de l’émancipation de la société puisse recevoir un sens pratique. « Aussi longtemps que la démocratie n’est pas conquise », écrit Engels en 1847, « les communistes et les démocrates mèneront un combat commun » . Stricto sensu, les libertés individuelles sont une condition nécessaire, quoique non suffisante, de toute transformation sociale.

Or, le manifeste dans son ensemble, s’est suffit de blamer le législateur marocain, qui est totalement impuissant, car toutes les réformes au Maroc ne sont pas impulsées par le législateur mais bien davantage par le Roi et ses conseillers . Par conséquent, la lutte contre le Makhzen et l’hégémonie royale est indissociable de la lutte pour les libertés individuelles et collectives. Il ne s’agit pas là, d’élaborer une charte de revendications politiques à chaque initiative de changement des lois liberticides du pays, mais au moins évoquer les véritables causes d’absence de toute forme de liberté individuelle et collective.

Manifeste ou alibi du Makhzen ?

Tout le Maghreb est une bombe à retardement. En Algérie, les manifestations se poursuivent afin de dégager tous les têtes du régime militaire. En Tunisie, vu les résultats des dernières éléctions, le spectre du retour de l’autoritarisme rôde. Au Maroc enfin, plusieurs régions se sont soulevés depuis 2011 pour réclamer la fin de l’hégémonie royale qui écrase le peuple sous le poids conjoint de la pauvreté, des inégalités et de déni de toute forme de liberté individuelle et collective.

Désormais, le makhzen a une seule crainte, comment désamorcer la bombe sociale qui peut exploser d’un moment à l’autre au Maroc, sans remettre en cause le fonctionnement et les bases du pouvoir ? Comment, en somme, évoluer sans ouvrir la boîte de Pandore des revendications d’une population avide de changements radicaux ? C’est à ces difficiles exercices que tente de se livrer un régime qui refuse de se voir imposer des changements tout en sachant qu’il lui faut renouveler les bases de sa légitimité.

Le manifeste co signé par l’écrivaine Leila Slimani peut être utilisé comme un alibi par Makhzen pour montrer sa volonté d’ouvrir un débat sur les libertés individuelles, en effet, le texte peut être facilement utilisé par ce que certains appellent « Le Makhzen progressiste » afin de désamorcer le potentiel explosif des éventuelles soulèvements, sans ouvrir la boîte de Pandore des revendications pour un changement radical. Ce pourquoi, le pouvoir marocain a toujours eu besoin d’une vitrine démocratique afin de témoigner de l’ouverture du pays. De facto, le texte du manifeste, conforte ce vieil adage oriental du bon calife et du mauvais vizir (lmalik zouine, lidayrine bih li khaybine : le roi est bon ; les méchants, ce sont ceux qui l’entourent), puisqu’il ignore que la revendication des libertés individuelles inclut à la fois la lutte contre la violence sociale et la critique de ce que nommait Marx l’État national.

En guise de conclusion, la question du progrès sociale au Maroc est désormais posée, mais il sera difficile de revenir en arrière dans un pays qui évolue malgré ses pesanteurs. Plus de la moitié de la population vit dans les villes, et la scolarisation et le gonflement des couches moyennes créent de nouvelles dynamiques auxquelles les progressistes du Maroc devraient en priorité s’allier pour changer le rapport de force, plutot que d’aller signer des textes avec les « intellectuels de Sa Majesté »

Amine Abdellaoui

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